mardi 7 décembre 2010

La problématique de la corruption en RDC: Approche politologique

INTRODUCTION

Le mot corruption est aussi vieux que le monde. Socrate n’a t il pas été condamné à mort pour « impiété et corruption de la jeunesse » par le tribunal populaire d’Athènes (399 av. JC)? Certes, comme aujourd’hui, la corruption ancienne reposait sur la détention d’un pouvoir. Mais à la différence de la corruption ancienne et celle qui prévaut aujourd’hui, est une conséquence de la détention d’un pouvoir politique et administratif. La corruption d’origine politico – administrative ne s’est pas développée dans les cités – Etats en raison de l’exercice de la démocratie directe. Le pouvoir socratique était donc lié au savoir. Le pouvoir que détenait Socrate ne relevait pas de l’occupation d’une charge publique, la démocratie directe y a prévalu.

Après cette mise au point, La corruption aujourd’hui, sera entendue, au sens large, comme non seulement une pratique de détournement des richesses de la nation, mais encore comme phénomène de dépravation des mœurs, lié à la professionnalisation et à l’exercice d’un pouvoir administratif de représentation. La dépravation des mœurs politiques a une incidence sur le dysfonctionnement généralisé de la « société ». Le cas de la RDC en constitue une preuve éloquente.

Dans ce pays, la tentative de lutte contre la dépravation des mœurs politiques et le détournement des richesses de la nation remonte aux années soixante. Il s’est agi d’abord des savants comme JC Williame. (1)

Nombre de politologues, juristes et économistes congolais y sont entrés en scène, particulièrement à partir de la moitié des années soixante - dix à ce jour (2).

Il serait injuste de ne pas citer la contribution combien importante du fonctionnaire du FMI, d’origine allemande, Mr Blumental, au début des années quatre vingt. Mais jusqu’ici, la lutte contre la corruption n’a jamais été inscrite sur l’agenda politique. C’est seulement en 200l que le gouvernement va élever, indirectement cette question en politique publique, produisant un plan de lutte contre la pauvreté.

L’organisation de la conférence internationale contre la corruption par l’ OAC (Observatoire Anti - Corruption), en juillet 2002 à Kinshasa, a de façon décisive attiré l’attention des autorités sur cette question en RDC.

Elle a réveillé les pouvoirs publics qui ne cessent dès lors de multiplier les rencontres relatives à la corruption. Une commission y afférente,’ comprenant en son sein, une ancienne vice-présidente de l’OAC a été créée par décret présidentiel au mois de septembre 2002. Il faut souligner l’apport .remarquable de la principale conseillère de l’OAC: Mme Nour, Responsable de la Coopération Technique Allemande (GTZ) qui s’est engagée à lutter contre la corruption en RDC.

La relance définitive de cette lutte, en RDC, est partie du changement de stratégie et des objectifs des institutions financières de Breton Wood, particulièrement de la Banque Mondiale: l’aide à accorder aux pays qui en ont besoin doit non seulement tenir compte du respect des règles de gestion rationnelle et de l’économie du marché, mais encore de leur capacité à contribuer à la réduction de la pauvreté des populations; ce qui nécessite notamment l’organisation de la lutte contre la corruption.

Par ailleurs, la RDC étant à cheval entre le monde externe et interne, la compréhension de la corruption implique le recours à la fois à l’universalité et à la spécificité. On comprend que malgré les apparences, la corruption est à la fois encore aimée et repoussée.

Aimée, la quasi-totalité des congolais y recourent; la corruption est généralisée et banalisée: tel est un trait de spécificité. Compte tenu de cette généralisation, A. Akele la considère comme « systémique » (3). Repoussée, la corruption l’est: selon les enquêtes sociologiques, la grande majorité des congolais la considèrent comme « mauvaise »: dans une enquête entreprise par Nzey K.Z (4), 79,3% des congolais affirment que les méthodes coloniales de gestion administrative sont plus justes que celles post-coloniales : c’est un jugement qui relève selon nous, de la raison humaine, l’universalité.

L’approche utilisée dans ce numéro est politologique c’est-à-dire scientifique. Elle part de l’hypothèse de base selon laquelle ,la corruption se structure autour des relations de la détention du pouvoir détenu par le gestionnaire, dans un contexte d’institution de représentation et de professionnalisation. C’est de façon volontaire que nous privilégions le corrompu par rapport au corrupteur. Scientifiquement donc, la corruption est une pratique de fait c’est à dire qu’elle existe indépendamment et parallèlement au droit. Elle permet au gestionnaire de détourner le pouvoir, afin de réaliser des avantages de fait qui, bien que méconnus par le droit, lui assurent le profit ou la survie; la corruption est une pratique pourvoyeuse d’avantages parallèles et parfois officiels mais avec des moyens détournés. Comme il est de règle en sciences sociales, la politologie n’a de sens que dans le cadre de l’interdisciplinarité.

Il est, cependant, curieux de constater, qu’en ce qui concerne la corruption, l’approche scientifique rencontre l’approche moralisante, en matière notamment des conséquences de ce phénomène.

Nous analyserons successivement la manifestation de la corruption (I), avant de passer à sa spécificité et à ses causes en Afrique et en RDC (II), ainsi qu’à ses conséquences.


I. Manifestation de la corruption en R.D.C

En R.D.C, ta corruption est un phénomène social s« total »: aucun secteur de la vie n’en est épargné. En raison des interactions entre tous les secteurs, la lutte contre la corruption ne peut y réussir que si elle prend en compte cette réalité malheureuse. Cette étude retiendra les secteurs les plus importants.

1.1. Secteur politique

Si l’on considère la société comme un être humain, la politique sera assimilée à la tête, et la société civile au reste du corps. Quand la tête souffre, le corps entier en subit le coup. Comme l’homme meurt à partir de la tête, la société se précarise à partir encore de la sphère politique. L’exemple de la R.D.C en constitue une éloquente illustration. La corruption de la vie politique y a influencé celle de tous les secteurs, en raison notamment de la crise de modèle social ou d’exemplarité.

La corruption de la classe politique étatique et partisane s’y manifeste de différentes manières:

D’abord, la plupart des partis politiques se font passer pour importants, alors qu’ils ne comprennent que leurs fondateurs et familles; il s’agit d ‘une véritable tricherie intellectuelle. PIRE ENCORE, TOUS VEULENT SE FAIRE PASSER POUR REPRESENTANTS DU

PEUPLE. La malhonnêteté est d’autant plus grande qu’aucune élection n’a eu lieu,jusqu,à2006, laquelle aurait pu permettre d’identifier leurs bases. On prétend donc représenter le peuple dont on ne connaît ni qualité ni quantité. De plus, les populations à plus de 90% ignorent les dirigeants politiques : elles sont incapables d’identifier les hommes politiques et leurs responsabilités.

Ceux-ci s’expriment au nom du peuple, lequel ne leur a donné aucun mandat. En dehors du discours, tous les actes indiquent l’écart entre les intérêts populaires et les intérêts corporatifs de la classe politique congolaise. Même dans le discours, les intérêts propres du champ politique l’emportent largement sur l’intérêt général.

La preuve nous est donnée par l’importance qu’occupe le thème du partage du pouvoir par rapport à la paix, à la guerre, à la pauvreté et autres à caractère civil et social.

En conséquence, les conflits sur lesquels veulent reposer le consensualisme à la congolaise sont politiques et élitistes et non ceux de la société civile. Les élites européennes ont la possibilité de cacher leurs intérêts propres alors que les négociateurs ou les dialogueurs congolais ne peuvent pas le faire (5): d’abord parce que le consensualisme classique né dans leurs pays (Belgique, Pays Bas, Suisse) est inspiré par les conflits sociaux et civils inconciliables (6); ensuite ce sont les élus qui négocient dans ces pays, contrairement â ce qui se passe en RDC. Bref, alors que tout est clair, les politiciens s’efforcent en vain de cacher ce qu’ils sont.

Ensuite, les partis politiques se caractérisent par des dédoublements inutiles. C’est là une autre forme de tricherie très développée en RDC, depuis le début des années 90. Ils en sont encouragés par les gouvernements successifs et les cours et tribunaux qui ne rendent aucune décision judiciaire, en cette matière, depuis le 24/ 04/ 1990, date de l’instauration du pluralisme. il y a là un problème sérieux de la tricherie intellectuelle et de l’absence de la protection des droits de l’homme. C’est la jungle ! Ceci permet à ceux qui n’ont aucun droit de bénéficier injustement des avantages politiques.

Dans le même ordre d’idées, les notions de majorité et de minorité ont perdu de tous leurs sens, en RDC. On se dit opposant, tout en vivant grâce aux moyens qui viennent du gouvernement.

D’où l’expression populaire le désignant depuis 1990, d’opposition alimentaire qui confirme la thèse de la politique du ventre défendue par J.F. Bayart (7) C’est la même logique qui prévaut dans le monde des sociétés civiles qui ne sont en fait que des partis politiques.

Par ailleurs, faute d’un véritable projet de société, les politiciens congolais montent les alliances, au gré des circonstances et des intérêts. Ainsi, les passages d’un camp à l’autre de nombre de politiciens, deviennent très fréquents que les congolais qualifient ce comportement de « vagabondage politique »: de l’union sacrée à la mouvance présidentielle, de lumumbiste au mobutiste, de mobutiste encore au kabiliste, de kabiliste à nouveau au RCD pro – rwandais. De ce dernier au camp de la patrie etc., des exemples sont innombrables. Jamais l’humanité n’ait connu des précédents sous d’autres cieux! Tout ce vagabondage s’accompagne d’un nouveau discours justificateur: la population est considérée comme ignorante. II s’agit d’une véritable corruption des moeurs car le bien devient mal, le rouge devient noir, la femme devient homme sans que ta structure ait changée et en un laps de temps très bref! Politiquement, cette attitude malhonnête et changeante est payante, tant que les élections ne seront pas organisées.

Malgré ce vagabondage, le consensus politique demeure artificiellement absent sur la totalité des questions alors que presque tout réunit les membres de la classe politique congolaise:

diplôme, langue, style, origine sociale etc. Il existe une attitude permanente des interprétations écartelées et contradictoires des sujets à débattre. Chaque politicien ou chaque famille politique croit avoir raison tout en sachant qu’il n’en a pas réellement. Personne ne veut penser ni rejoindre publiquement son adversaire. L’article 78 de I’ACT, les Accords de Lusaka, l’accord de Sun City, le nouvel ordre politique etc., sont autant des sujets qui n’ont jamais réuni ni produit le consensus.

Ce n’est pas qu’au fond, ils sont irréconciliables, mais qu’on voudrait faire croire à l’opinion, qu’on est systématiquement différent et opposé aux autres. Ce qui permet de justifier son existence même si en réalité, on pense comme les autres. Ce qui corrobore la déclaration faite par un Nigérian sur son pays et reprise par le politologue français D.Back, selon laquelle, dans son pays « il ne connaît pas des valeurs dont on puisse dire qu’elles sont largement acceptées sans être contredites » (8).

Le caractère artificiel de l’absence du consensus, qui est une perversion, est d’autant plus visible que les positions des politiciens congolais sont très changeantes, comme on l’a vu, au gré des intérêts. Hier par exemple, les tshisekedistes ne juraient que sur le régime politique majoritaire, aujourd’hui et cela depuis l’arrivée de LD Kabila au pouvoir, ils deviennent des adeptes du gouvernement consensuel cher aux mobutistes lorsqu’ils étaient en difficulté lors de la CNS. Hier encore, ils étaient pour le parlementarisme, aujourd’hui enfin, ils militent pour le présidentialisme.

Dans le même ordre d’idées, la composante gouvernementale (l’an 2002) après avoir loué les bienfaits de I ‘accord de Sun City, se bat aujourd’hui pour l’accord global inclusif, sans avoir organisé un début de l’application du premier. Connaissant la logique du champ politique (9), nous étions un des rares chercheurs congolais à avoir montré son inapplicabilité (10). Bref des exemples sont nombreux.

On ne pourrait pas passer à un autre secteur sans avoir examiné la pratique de la corruption au travers des stratégies politiciennes de carrière que sont notamment la professionnalisation et l’utilisation du fait ethnique. Acquis par l’objectif de professionnalisation de la vie politico-administrative ainsi qu’un certain instinct de défense du « territoire », les responsables politiques congolais de même que les hauts fonctionnaires, font tout pour que les jeunes talents ne soient ni découverts par la population ni connus par le chef de l’Etat notamment. D’un côté, les anciens sont présents sur toutes les lignes, chaque fois qu’on organise une rencontre ou forum politique de grande importance. Certaines personnalités ont participé à la table ronde de1960, à Bruxelles, à la CNS en 1992, et à Sun City en 2002. De l’autre côté, des conseillers ou les collaborateurs des Chefs de l’Etat de la RDC se taisent volontairement sur les noms de jeunes talents et nationalistes ainsi que sur leurs oeuvres. Parfois celles — ci sont détournées. De plus, rares sont des responsables politiques congolais qui s’apprécient. Tous se jalousent et s’accusent mutuellement d’incompétents, d’immoraux, d’inexpérimentés. L’idéologie selon laquelle « Ôtez-vous, je m’y mets » est la règle.

Cela, c’est parce que l’exercice des activités politiques monopolisent les prestiges et les richesses, par la technique du néo-patrimonialisme (cfr Infra), dans un contexte où le secteur privé national est faible.

Enfin, comme l’écrivait Machiavel, tous les moyens sont bons, c’est le résultat qui compte. Les politiciens congolais ne se privent d’aucune ressource pour tenter d’atteindre leurs objectifs. La violence considérée aujourd’hui comme une ressource devant être monopolisée par le centre politique étatique moderne est souvent utilisée par l’opposition. Mais ce qui est corruption c’est l’utilisation de l’ethnicité qui dégénère souvent en violence pour des fins politiques. Les politiciens font croire à certaines communautés que la pauvreté et le sous

développement seraient les résultats de leur marginalisation par le centre politique. Et lorsque celui-ci confie des responsabilités aux leaders desdites communautés, les revendications séparatrices cessent. Ce qui prouve que ce sont les leaders qui les entretiennent, car le sou développement et la pauvreté demeurent.

Ce sont les élites qui luttent entre eux, pour l’occupation des avantages politiques et économiques modernes, en associant les masses à qui rien ne profite, au nom de l’ethnicisme, du régionalisme et du clanisme. Comme la masse, aime, selon A. de Tocqueville, les idées courtes, elle adhère, sans discernement. L’élite la trompe: elle ne lui dira jamais qu’elle se bat pour ses intérêts politiques propres. Comme la politique, tous les secteurs sont corrompus en RDC.

1.2. Administration Publique

L’Administration publique conditionne partout aujourd’hui le développement, en sa qualité d « acteur multidimensionnel» (11): Elle est présente dans toutes les étapes de gestion et du processus de décision. On comprend pourquoi certains pays pauvres en ressources naturelles comme la Suisse et le Japon, sont aujourd’hui, très développés, en raison d’une administration performante. En R. D.C. par contre, elle est à la fois victime et responsable du sous développement de la société. Il se pose d’abord un problème sérieux de la maîtrise des effectifs et de la qualité des agents statutaires de l’Etat.

En théorie, l’effectif des fonctionnaires ne dépasse pas 1 0O.000unités. En réalité, il est d’au moins 425.000(cfr. Rapport de la Conférence Nationale Souveraine, 1992) (12) à qui l’Etat verse mensuellement un traitement. Cet effectif comprend les vrais: retraités, décédés et révoqués, au nom desquels certaines personnes cupides touchent indûment les droits pécuniaires réservés normalement aux agents en activité.

A cela s’ajoutent les personnes étrangères (agents fictifs) à l’administration publique, mais y immatriculées ainsi que les bénéficiaires des avantages indus, en raison de leur fausses qualités : agents recrutés sur base de faux deplômes, promotions sans respect de la durée, de la cotation ni de l’avancement; encore moins sans organisation du concours. Enfin, la durée de mise en disponibilité est, dans la pratique, illimitée. Les cumuls ou les incompatibilités n’émeuvent personne ; ils sont monnaie courante.

Il convient de s ‘attarder sur les conditions de recrutement. Celui-ci n’est ni rationnel ni universel mais particulariste (cfr. infra, neo-patrimonialisme et clientélisme).On recrute même dans le dernier grade de la catégorie administrative, contrairement aux dispositions statutaires. De plus, Il y a plus de vingt ans que le concours n’est plus organisé à la fonction publique, mais le recrutement continu!

Toutes ces dysfonctions ont comme conséquence, le grossissement de l’enveloppe financière couvrant les faux recrutements et promotions ainsi que la paie des éléments inexistants.

La maîtrise des effectifs et de la qualité des agents peut permettre que l’on dégage des économies susceptibles de financer la motivation de vrais agents. Actuellement près de ¾ du budget de la fonction publique financent les personnes qui n’en ont pas droit.

Outre le problème de la maîtrise des effectifs et de la qualité des agents, la corruption est présente notamment:

- dans le refus par les agents d’appliquer les décisions des autorités qui ne sont pas compatibles avec leurs intérêts propres; c’est là une nouvelle forme de bureaucratie,

- dans encore la transmission des informations. Il y existe une technique de déformation permanente de l’information. Comme l’écrit pertinemment S.B.Kjellstrom (13), « Il existe une réticence marquée de transmettre [de la part des services administratifs africains] vers le haut les mauvaises nouvelles. La tendance est de moduler le message de telle façon que les aspects positifs sont renforcés et le message rendu ainsi agréable pour le receveur »; la carrière de l’agent en dépend.

Enfin, les agents de l’Etat se distinguent dans le trafic des documents administratifs et de tous les biens domaniaux. Les secteurs de transport, des affaires étrangères et des finances exagèrent dans ce domaine. Souvent, pendant que l’administration est en rupture de stocks (plaques minéralogiques, cartes d’identité, passeports, permis de conduire, etc.), les particuliers en disposent d’importants lots qu’ils écoulent sur le marché noir (14). Les administrations spécialisées comme celles de sécurité sont touchées par le même phénomène.

1.3. Secteur do Sécurité

L’Etat actuel est considéré comme moderne, par rapport aux formes anciennes d’Etat, en raison selon M. WEBER, de la détention monopolistique de la violence physique légitime par lui. Lorsque celle-ci est illégitime, on sort de la modernité et de la légalité, pour entrer dans la catégorie des Etats corrompus. La RDC malgré les améliorations observées dans le domaine de la sécurité dès l’avènement du pouvoir de LD. Kabila, on vit encore globalement l’ère du détournement de la violence par les agents de l’Etat. Des policiers ainsi que des militaires utilisent encore des moyens d’administration (fusil, cachot, uniforme, matraque) mis à leur disposition pour satisfaire des fins personnelles. N’est-il pas devenu courant, au cours de la deuxième république, de voir lesdits éléments, chercher à accabler les innocents?

Pour mieux comprendre cette forme d’autoritarisme et de corruption économiques, il convient d’évoquer une anecdote devenue populaire à Kinshasa en particulier et au Zaïre en général, au cours de la deuxième République:

Lorsqu’un gendarme interpelle un consommateur ou un passant, il lui demande les pièces suivantes:

- carte nationale d’identité

- reçu ou bon de livraison

- carte de travail

- autorisation de circuler dans la ville

- feuille d’impôt

et si après l’interpellation, la personne est en règle, le gendarme ajoutera une sixième pièce généralement une carte de baptême.

Lorsque le passant ou le consommateur n’a pas des possibilités financières qui lui permettent d’acheter sa liberté, il sera persécuté et conduit au poste de police où il sera accusé d’avoir proféré des propos injurieux au « guide de la révolution ».

Dans le même ordre d’idées, après fouille ou contrôle routinier, le passant dont on retrouve avec de l’argent, est accusé de détenir de « mauvaises choses », en lingala, « biloko ya mabe ». Qui dit mieux que l’adage populaire français rendu célèbre par J. de la Fontaine: « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Ces pratiques se sont atténuées, mais existent encore, aujourd’hui.

L’Etat employeur des unités de sécurité est également victime de la corruption et de la prédation pratiquées par celles-ci. Dans sa thèse de doctorat d’Etat en droit(15), Adau Akele, note à partir d’un document intitulé « Memoradum et réflexion d’action et d’information », que « tout ce qui est susceptible de trouver acquéreur sur le marché peut être subtilisé ou échangé lorsque cela est possible »: substitution des pièces usagées à celles qui sont neuves dans les véhicules militaires (pneus, batteries, etc.), détournement et vente aux particuliers des « matériaux de construction destinée à l’armée », utilisation de véhicules militaires comme « taxi », transport des passagers civils dans les avions militaires etc. Il existe, donc, une confusion totale entre le public et le privé: le premier étant ramené au second. C’est là la pratique néo-patrimoniale.

1.4. Secteur judiciaire.

L’un des points spécifiques. (Nous y reviendrons) contrairement à I’ Italie de la corruption en R.D.C ou en Afrique, c’est le fait que les cours et tribunaux, la pratiquent et pourtant, ce sont eux qui sont chargés d’assurer la légalité et de protéger les faibles, en disant le droit. Dans son discours prononcé le 17.mai 2002, le chef de l’Etat a publiquement reconnu que la justice est mal distribuée en R.D.C, « elle est corrompue.. Au début du régime A.F.D.L, les responsables de la magistrature l’ont également reconnu. Nombre de faits peuvent révéler cet état de choses:

- condamnation arbitraire de l’Etat c’est à dire des entreprises publiques commerciales et industrielles. Les magistrats s’arrangent avec les plaignants et mémo les avocats pour condamner lesdites entreprises à payer de fortes sommes d’argent qu’ils se partagent après, c’est pourquoi L.D Kabila a dû suspendre l’exécution des décisions judiciaires y relatives en 1999.

- Dénie de justice, au profit des riches, du pouvoir et de relations amicales, népotiques et clientélistes.

- Tantôt des allongements de procès, tantôt des procès expéditifs.

- Déclarations systématiques d’incompétence dans les procès politiques (cfr Arrêt Tshisekedi, 1996).

- Parfois, il y a des arrangements entre magistrats et avocats, ces derniers trahissent même leurs clients.

- Exigence des frais judiciaires multiples et non réglementaires

- Abus des détentions provisoires et préventives.

- Amendes faramineuses.

- Détournements des procédures : les conflits civils sont souvent traités comme de conflits pénaux ou répressifs etc.

En gros, la distribution de la justice est fonction de l’argent, du pouvoir politique et des relations que l’on entretient avec les juges.

1.5. Secteur éducatif.

Hors de l’éducation, les sociétés humaines seraient toutes vouées à la disparition, le secteur éducatif est un lieu important qui permet aux aînés de transmettre les valeurs dominantes et le savoir aux cadets. En R.D.C,cependant, ce lieu n’est pas épargné par la corruption, et cela, notre inquiétude, dans la mesure où la pratique de la corruption en y étant ,présente, se légitime alors qu’il s’agit d’anti - valeur. D’abord, un clientélisme s’y développe autour des notes ou des cotes et de passage de promotion ou de classe. Il se fonde sur des ressources sexuelles et l’argent, certaines étudiantes ainsi que les enfants des familles aisées sont des protégés des enseignants.

Outre ces deux «ressources ». Le passage ou I’ obtention de bonnes notes dépend également de relations népotiques et amicales. Ces dernières ont développé une technique particulière et courante à l’université appelée « recommandation »: il suffit de demander un service au profit de son fils ou autre, auprès d’un enseignant que l’on connaît pour assurer la réussite du concerné.

De plus, dans les universités, les enfants des professeurs ont plus de chance de devenir assistants que leurs collègues qui ne le sont pas. Ce qui ne veut pas dire que les étudiants intelligents ne réussissent pas.

L’intelligence personnelle compte encore mais les relations liées à la corruption peuvent apporter un plus sur la cote, la mention ou le recrutement à l’assistanat Par ailleurs, dans le secteur éducatif public (primaire et secondaire), on assiste à la multiplicité des frais parallèles, ignorés par le ministère de l’éducation. Lesdits frais excluent les enfants des pauvres de l’enseignement. D’où le taux élevé de la déperdition scolaire.

Dans le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire privé, nombre de cours sont assurés par les non-qualifiés.

Ces derniers se cachent derrière les noms des professeurs, lesquels sont repris dans la programmation officielle alors qu’ils n’ont jamais mis les pieds à l’établissement. De plus, certains cours n’y sont enseignés qu’à concurrence de 1/3 de nombre d’heures prévues par la législation congolaise.

Par ailleurs, l’usurpation des titres et grades académiques dans nombre d’instituts supérieurs et universités privés et publics est courante: des membres du personnel scientifique se font appeler Professeurs alors qu’ils ne sont que des assistants.

1.6. Secteur de l’information

Sans circulation de l’information, on ne parlerait pas des sociétés humaines: celles — ci impliquent interaction, solidarité et échange non seulement des biens matériels mais encore symboliques ou culturels qui dépendent largement de la circulation des informations. Il en est de même des attitudes et des comportements que l’on manifeste vis-à-vis de l’autre. Bref, vivre ensemble, signifie avant tout communiquer.

Il est fort dommage de constater que le secteur qui conditionne aujourd’hui, le développement politique et économique, connaît comme tous les autres, la pratique de la corruption en RDC.

D’abord, la presse écrite congolaise se distingue par la commercialisation des titres, généralement gonflés, alors que les contenus restent creux. Il s’agit là d’une infraction de dol, forme commerciale de la corruption. Ensuite, l’audio-visuel tant public que privé (à l’exception de la Radio Elikya) ne diffuse une information que si le journaliste a été « motivé ». Et cela, au-delà des critères légalement établis. Les arrangements, particulièrement dans les médias publics prennent le dessus sur les tarifs officiels. Toute information devient une marchandise, peu importe son caractère éducatif.

Souvent, les journalistes réclament le transport avant de diffuser l’information. Moins la « motivation » est grande, plus on y passe rapidement.

Par ailleurs, les journalistes profitent de leur position, pour régler des comptes avec des têtes qui ne leur font pas plaisir, en les diffamant simplement Les responsables politiques en sont les premières victimes. Il s’agit de la privatisation de leur fonction. D’aucuns cherchent la célébrité en s’attaquant, sans raison aux personnalités importantes. Bref, l’abus du 4ème pouvoir est courant en RDC, en ignorant que la liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres.

Par ailleurs, nombre de politiciens utilisent la presse pour se donner une image qui n’a rien à voir avec leur vraie personnalité. Ceci n’est pas, cependant, propre à la R.D.C.

I.7. Secteur sanitaire

Considérés généralement comme lieux de bien faisance, les hôpitaux et les centres de santé n’échappent pas à la pesanteur sociologique: la corruption y est présente:

- les agents para-médicaux exercent des ventes des médicaments parallèles en lieu et place des officines;

- les médecins détournement constamment les malades des hôpitaux publics au profit de leurs cliniques privées

- les médecins mettent moins de temps dans les hôpitaux de l’Etat où ils sont fonctionnaires, environ 1 à 2 heures par jour, pour passer 8 à 10 heures par jour dans leurs cliniques privées; il y a un problème sérieux de dévouement;

- les malades pauvres sont traités comme des choses : soit qu’ils ne sont consultés que par les stagiaires, soit qu’ils sont retenus dans les hôpitaux comme otages jusqu’aux jour du paiement de la facture des soins et du séjour. Souvent ils sont contraints à faire des gages illégaux.

Enfin, les soins sont assimilés à n’importe quelle marchandise ; d’où le caractère élevé et mercantiliste des prix y relatifs.

II. Causes et spécificité de la pratique de la corruption en Afrique et en RDC

Avant de revenir sur la spécificité, nous tenterons de présenter des causes universelles. En outre, la corruption étant un phénomène que l’on rencontre dans toutes les sociétés humaines, la spécificité africaine ou congolaise n’aura de sens que si on est capable de dégager des points communs.

- Causes universelles

* Professionnalisation et représentation:

La corruption, dans l’histoire de l’humanité, n’a pu se développer qu’avec l’avènement de la professionnalisation de la vie politico-administrative et de l’institution de représentation. En outre, c’est admettre l’idée qu’on ne peut pas confier un pouvoir durable à un individu afin qu’il le gère pour les autres sans qu’il en abuse.

On comprend pourquoi, la corruption ne s’est pas développée, dans la cité- Etat grecque (Athènes), avant Jésus-Christ.

Athènes (Rome), Etat construit sur un espace territorial réduit a adopté un système démocratique direct. Tous les « citoyens » participaient à la direction des affaires de la cité, soit par élection, soit par tirage au sort à tour de rôle. Ainsi que l’écrivait Aristote, tout adulte libre et citoyen est tour à tour gouverné et gouvernant. Il s’est agi d’une véritable démocratie politique et administrative directe.

Le mandat reçu exclut le cumul: de même, il a une durée de 1 an non renouvelable, Il n’y existe donc ni professionnalisation ni représentation. Les grandes décisions politiques se prenaient ensemble sur les places publiques (Agora). A supposer que malgré la durée éphémère, on soit tenté par la corruption ou la tyrannie, une sanction appropriée appelée « ostracisme » frappait les personnes concernées, Il consistait à éloigner le corrompu ou le tyran de la cité, pour dix ans.

En réalité, la durée courte du mandat et la participation directe de la population à l’exercice du pouvoir politico-administratif n’a pas permis à la corruption de se développer. On a donc recouru moins de fois à l’ostracisme.

En revanche, c’est dans l’Etat moderne que l’institution de représentation et le phénomène de professionnalisation sont nés. Avant d’y revenir, il convient de présenter succinctement cette nouvelle forme d’organisation politique. Selon M. Weber, l’Etat moderne est une organisation politique qui exerce de façon monopolistique (ou qui a la chance de revendiquer avec succès) la violence physique légitime sur un territoire donné (16)

Cette forme d’Etat est selon J.P. Ginet, née d ‘abord en Europe (17); précisément en France, en Angleterre, en Ecosse; avant de gagner l’Allemagne, l’Europe centrale, l’Italie et ensuite la Scandinavie entre 13ème et 16ème siècle. C’est seulement à la fin du XVIIème siècle qu’il se diffusera vers la Russie. L’empire Ottoman (actuellement Turquie) n’a été touché au 19ème siècle. Les continents américains et africains l’ont adopté à la suite de la colonisation européenne. Comme nous l’avons fait observer, la professionnalisation et le système de représentation figurent parmi les traits caractéristiques (l’unicité du centre politique, la spécialisation, la rationalité, appointements fixes, etc..) de cette nouvelle forme d’organisation politique.

La professionnalisation de la vie administrative et politique qui se caractérise par le fait que désormais les gestionnaires font carrière et vivent de l’administration et de la politique; ainsi que le fait qu’ils ont reçu le pouvoir de gérer au nom de tous (représentation) leur donnent la compétence technique et l’expérience ainsi que la légitimité : ce sont des avantages qui renforcent leur pouvoir. Comme la société est désormais divisée en deux sphères: les gouvernants et les gouvernés, les représentants et les représentés, cette situation favorise le détournement du pouvoir par les premiers au détriment des derniers. La corruption en est une forme dudit détournement au profit des intérêts propres des politiciens et des fonctionnaires. Cela est d’autant plus plausible que la complexité des tâches s’accroît dans le monde moderne (18). Celui qui détient le savoir et l’information dispose d’un pouvoir réel (1 9).

Cette complexité ainsi que l’immensité des territoires des Etats modernes ne sont pas favorables à l’exercice direct du pouvoir par la population. Ceci explique l’existence de la pratique de corruption non seulement dans les pays du Tiers - Monde., mais encore développée (Italie, Russie etc.). Il faut cependant reconnaître que selon que l’on est dans un pays du « centre» ou de la « périphérie », ses manifestations changent Ce qui nous permet d’analyser les causes et la spécificité de la corruption en Afrique et en RDC.

- Spécificité

La corruption est un des premiers maux qui rongent les sociétés et les administrations africaines. Il est rare d’en trouver des exceptions. Au Nigeria et en RDC (hier Zaïre), elle a atteint des proportions inégalées : comme on l’a vu, il arrive, souvent, que l’Etat lui — même souffre de l’épuisement des stocks de documents administratifs tels que le passeport (RDC) et de certains biens stratégiques comme le pétrole (Nigeria), alors que les agents et particuliers continuent à les écouler sur le marché noir.

Les exceptions sont rares en Afrique. Selon J.F. Médard, au Cameroun, les policiers de roulage contractent des dettes à la cité, en promettant de rembourser, car « demain, je serai de service ». (20) ce qui confirme l’expression utilisée couramment en Afrique et mise en exergue par J.F.Bayart, selon la quelle « la chèvre broute là où elle est attachée». En RDC, on dirait populairement « qui travaille à l’Hôtel mange à l’Hôtel ». Il s’agit, en fait, de la corruption prédatrice et non seulement consommatrice. A la différence des pays asiatiques, affirmait Nyerere à Kinshasa, en 1997, en Afrique, lorsque l’on s’attribue injustement de marchés publics, on prend l’argent sans les exécuter ni réaliser les travaux y afférents. En Asie au contraire, tout en se les attribuant injustement, on les exécute. J.F. Bayart a montré qu’à la différence encore de l’Italie, la corruption pratiquée en Afrique n’est pas tournée vers les investissements mais plutôt vers la consommation et la prédation, c’est « la politique du ventre »: pour l’auteur(21), le pouvoir devient pour son détenteur, le principal instrument d’ « accumulation primitive », de réussite sociale (biens, possibilité d’avoir plusieurs femmes ou « bureaux », comme on le dit en RDC), d’augmentation de « prestige » et de l’élargissement de la « clientèle politique». Il sert également à la famille et aux amis du détenteur du pouvoir qui bénéficient des ressources de l’Etat au détriment des ayants — droits. La politique du ventre a donc une acception large à dominante particulariste, prédatrice et consommatrice. Quelles en sont les raisons? Les causes africaines de la corruption sont multiples, mais nous en retenons trois: les causes économiques, culturelles et politiques.

1. La pauvreté des masses, la faiblesse de la classe moyenne et l’unicité du patrimoine de l’Etat.

Compte tenu de la pauvreté des populations en Afrique ainsi que de la faiblesse de la classe moyenne, l’idée dominante est celle qui consiste à assimiler les ressources de l’Etat au gâteau où chaque individu aurait droit à une part patrimonialisable. Dès le lendemain des indépendances africaines, R. Dumont avait publié un livre prophétique, selon lequel, I’ « Afrique est mal partie ». Le mauvais départ, s’explique, selon l’auteur par le fait que les autorités politiques post — coloniales ont privilégié les postes budgétaires non productifs au détriment de l’agriculture et de l’industrie notamment. Il s’est agi de s’enrichir au travers desdits postes au détriment encore des investissements. L’administration étant devenue l’unique source des ressources pour ses agents ; c’est d’après Dumont, « la seule industrie » pour les dirigeants. G. Balandier ne dit pas autre chose, lorsqu’il écrira que « c’est la politique qui donne accès à l’économie et non le contraire en Afrique », on détourne donc le pouvoir pour des fins économiques.

Il en découle deux sortes de corruption en Afrique : la petite et la grande. D’après J.F. Médard (22), « cette corruption n’a pas la même signification selon qu’il s’agisse d’une « corruption de survie » ou d’une « corruption de profit ».Dans le premier cas, le fonctionnaire, le policier, le militaire etc. n’étant pas payé (suffisamment) est obligé de rançonner la population: « il vit sur le pays ». La petite corruption se caractérise par sa banalisation: non seulement comme l’avait fait observer Mpinga Kasenda, il y a une mendicité généralisée (23), mais encore les montants récoltés sont très dérisoires. Il n’est pas exclus de voir un policier de roulage couvrir une infraction de route contre un paiement de 100FC, un gardien des entrées des hôpitaux autorises’ l’accès aux visiteurs venus tardivement contre une somme do 20 FC etc. La légèreté ou la banalisation ne réside pas seulement dans la modicité du montant, mais encore dans la peine subie par le fonctionnaire pour toucher ladite somme. Tout se passe comme si, il y a renversement de rôle: la corruption se substitue au salaire, le corrupteur devient employeur et le corrompu prend la place de l’employé. Sans la petite corruption, le petit fonctionnaire disparaîtrait, d’où le bien fondé de l’expression « corruption de survie ».

Dans le second cas (corruption de profit ou grande corruption), le gestionnaire profite de sa position pour s’enrichir. La grande corruption bénéficie non seulement aux grands responsables politiques et administratifs, mais également aux personnes privées qui entretiennent des relations particulières avec eux, auxquelles il faut ajouter les agents évoluant dans les régies financières (D.G.C. OFIDA, DGRAD) et ministères viables (affaires foncières par exemple). Les sommes importantes dont les montants peuvent dépasser le budget officiel de la RDC échappent au secteur formel.

La grande corruption profite du laxisme et de la faiblesse de la justice, elle-même faisant partie intégrante de l’Etat et donc, gérée néo-patrimonialement comme d’autres secteurs. Cette forme de corruption, en RDC, est essentiellement le monopole des détenteurs des emplois viables, hiérarchisés et stratégiques ainsi que de leurs clients et familles.

Les entreprises (petites et moyennes) appartenant aux étrangers et qu’au nom de la « Zaïrianisation », ont été confiées à eux en 1973 : parmi les deux mille « acquéreurs », on compte des commissaires du peuple, des professeurs d’université (cfr. Elikia MBOKOLO) (24), des commissaires d’Etat, ainsi que la famille présidentielle.

Comme la logique de tous les biens mal acquis, ces entreprises ont été précipitées dans la faillite, en raison de l’irrationalité qui avait entouré leur cession et gestion.

En fait, la grande corruption se nourrit souvent des commissions perçues sur les passassions de marchés publics. C’est une vieille pratique à la quelle recourent tous les dirigeants de notre pays. Dans les années 80, E. Blumental (représentant du FMI), (25), a écrit qu’à la faveur desdites commissions, les responsables politiques ont procédé à l’ouverture des « comptes spéciaux » au nom de la Banque du Zaïre à l’étranger: « Pratiquement aucun de ces comptes ne correspondait aux références comptables disponibles â Kinshasa. Voici écrit-il, la liste des comptes spéciaux que j’ai fait annuler et réintégrer dans la comptabilité régulière de la Banque: 1) Banque Bruxelles-Lambert (Bruxelles): n° 301009 675328 E.: 95 millions de Francs Belges ; 2) Paribas (Paris): n° 001000 045 994 B ; 3) Paribas (Genève): n°35202T: 11083 80 Francs suisses».

Non loin de nous (en 1998), un conseiller à la présidence (congolais de la diaspora), selon une source digne de foi, exigeait d’être payé des montants allant jusqu’à 500 000$, pour mettre les investisseurs étrangers en contact, avec le Chef de l’Etat. Informé de cette pratique, ce dernier l’a purement et simplement renvoyé.

La pratique de la grande corruption, est moins banalisée et généralisée que celle de la petite corruption ; les conditions d’accessibilité sont très sélectives : les portes étant, en général, ouvertes aux gestionnaires occupant des emplois élevés, soit à ceux qui sont viables, soit encore aux parents, aux amis et aux clients des gestionnaires, lesquels sont des détenteurs de grands capitaux : telle est la logique de la grande corruption tournée vers le profit. C’est bien elle qui est, en grande partie, créatrice des inégalités sociales criantes. Cela ne veut pas dire que la petite corruption ne soit pas dysfonctionnelle, mais que la différence entre les deux formes est de degré et non de nature. Cependant, plus la différence est grande (degré), moins aisée est la comparaison ou la simplification. Les conséquences de cette forme de corruption sont nombreuses.

La grande corruption est, selon, J.C. Williame (26), responsable de la prédation industrielle, dans notre pays: la plupart des marchés et contrats relatifs aux entreprises publiques, ont été conclus en dehors des critères rationnels et objectifs. Ce sont les intérêts personnels qui les ont inspirés. Ces entreprises n’ont rien produit en faveur de la nation congolaise. Elles sont soit en faillite, soit dans un état avancé de délabrement. Ce sont de simples décors ou mieux des « éléphants blancs ». Les exemples étant nombreux, on peut citer la. CCIZ, la sidérurgie de Maluku, le Barrage d’lnga, etc.

Pour MABI MULUMBA, la grande corruption fondée sur une chaîne des commissions a défavorisé la compétitivité des produits de nos industries sur le marché international en occasionnant notamment l’élévation de leurs coûts de production. Il en cite comme exemple la GECAMINES (27).

Ce qui est spécifique c’est le fait que l’Afrique et la RDC sont dans un système d’économie où le secteur privé est faible. Seul l’Etat, en dehors de multinationales, est le principal investisseur et employeur. Conséquence, tous les africains en général, et congolais en particulier se battent pour occuper un poste politico-administratif, afin d’en tirer un profit personnel. L’idée que les activités politiques sont rentables est d’autant plus développée dans leurs têtes, que les simples rencontres comme la CNS(1992) et le Sun City (2002) ont donné au nombre de participants la possibilité de s’acheter des maisons et des véhicules à moteur. Les avantages pécuniaires que les participants en ont tirés, ont oscillé entre 6 et 20.000$ en moyenne; alors qu’un professeur d’université reçoit en moyenne 60$ du trésor public par mois. Il lui faudrait 100 mois pour réaliser 6000$ et 300 mois pour atteindre une somme de 20.000$. Il survit aujourd’hui grâce notamment à la contribution des parents, qui ne dépasse pas en moyenne 250$ par mois. On comprend pourquoi tous les Congolais se battent, peu importe, l’immoralité des moyens et des stratégies, pour exercer une activité politique et y demeurer. C’est la raison d’être des luttes, des coups et des stratégies de tout genre, inspirés par la corruption. Il devient, donc, difficile, dans ces conditions d’obtenir un consensus politique sur une question.

2) Origine du pouvoir et le néo- patrimonialisme

Lorsqu’on accède au pouvoir politique et administratif, par des voies autres que celle de la démocratie et de la rationalité, la tentative est grande de considérer que les hommes que l’on dirige sont ses sujets et que les biens dont on a la charge de gérer sont les siens.

Comme l’a bien vu A.S. Mesheriakoff, l’accès au pouvoir politico-administratif, en Afrique. est dominé par les modes anti-démocratiques et irrationnels comme la cooptation et le coup d’Etat. Ce dernier est plus fréquent que le premier. Il en découle que le bénéficiaire de cette dernière technique notamment n’a aucun compte à rendre à la population et entend gérer l’Etat comme son bien personnel. Comme le coup d’Etat crée volontairement un vide administratif, politique et juridique de type révolutionnaire, le bénéficiaire n’est lié par aucun texte. Il s’organise donc, dans le cadre de la division du travail administratif et politique, conformément à ses intérêts, à ses goûts, à ses humeurs et à son système de valeurs. C’est la personnalisation du pouvoir ou le néo-patrimonialisme, d’où découlent la corruption, le népotisme, le clientélisme-maux qui rongent l’Afrique contemporaine -.

Il existe deux sortes, de néo-patrimonialisme (28):

1) Le néo-patnmonialisme pur ou idéal: c’est le patrimonialisme pratiqué par le Chef de l’Etat, en sa qualité de l’auteur du coup d’Etat. On y remarque le fait que se considérant comme propriétaire du pouvoir, il se permet d’en abuser et d’abuser les biens domaniaux de l’Etat (corruption), il les distribue (de même que les postes de haute administration) aux membres de sa famille ou à ses sympathisants (clientélisme) etc.

2) Le néo-patrimonialisme d’ordre

Est celui qui est pratiqué par les agents de l’Etat nommés par le chef de l’Etat tout en se comportant néo - patrimonialement comme le dernier sur les parcelles des pouvoirs leur octroyés en dehors des règles rationnelles et démocratiques. Ces agents ou fonctionnaires africains, comme le souligne Mesheriakoff n’ont qu’ « une obligation essentielle, si non exclusive: servir celui qui les a nommés et le manquement à cela constitue une faute difficilement pardonnable, l’une des seules qui entraînent une sanction sévère. Ainsi le fait de ne pas accomplir son service ne constitue guère une faute grave, sauf si le service public se confond dans tel cas particulier, avec le service personnel du Chef ». (29)

Bref, un fonctionnaire recruté en dehors des règles universelles et rationnelles est toujours tenté par la privatisation du service public. Le néo-patrimonialisme qui est comme nous venons de le voir, une pratique polico-administrative liée aux modes d’accession au pouvoir non démocratique ni rationnelle, entraîne (recrutement personnalisé et sentimental), entraîne nombre de conséquences néfastes dont le clientélisme.

Le clientélisme est un ensemble de relations particulières basées sur l’échange entre un patron et son protégé. C’est conformément à cette logique de corruption que les dirigeants africains recrutent leurs collaborateurs. C’est à la fois une forme particulière de corruption et une conséquence de celui-ci lorsqu’elle est durable (cfr. Infra).

Ils leur accordent avantages et faveurs publiques au détriment au reste de la population. En retour, ils reçoivent deux des « ressources» politiquement rentables (élaboration et propagation idéologiques ;, soutien, fraude électorale, délation des opposants etc...). Ces relations d’échange sont inégalitaires; comme le notent Leca et Schmed, clientélisme est une « alliance dyadique verticale entre deux personnes statut, de pouvoir et de ressources inégaux» (30). Cette inégalité nourrit la dépendance de l’un a l’égard de l’autre (le marchand et Legg). (3

e

A la différence des échanges économiques, le clientélisme de corruption, particulièrement en politique, implique stabilité reconnaissance et maîtrise du code patrimonial. Bien que ce soit un moyen pour le centre d’accéder a la périphérie (cfr. B. Badie in traité de science politique, sous Leca et Grawit.z, Tome 1, P. 53), le clientélisme de corruption exige que le client-relais soit une personne qui a intériorisé les règle et la logique néo-patrimoniale. En ce sens, le clientélisme est sélectif et discriminatoire. On comprend pourquoi, certains membres des familles présidentielles africaines élargies sont des clients des chefs d’Etat. Le clientélisme peut donc revêtir plusieurs formes. Dans certains pays, il est réduit au népotisme : c’est le cas de M. Nguema en Guinée Equatoriale où l’on observe la domination de l’ethnie Fang sur toutes les autres.

Le clientélisme occasionne notamment un recrutement, au sein de la fonction publique, pléthore. C’est avec raison que Sauvaire écrit que le « personnage bien placé s’entoure des membres de son clan sans se soucier de leurs compétences. D’où le spectacle affligeant de fonctionnaires sachant à peine lire et écrire, prenant la place des diplômés moins favorisés sur le plan des relations. D’où aussi le gonflement excessif du nombre de fonctionnaires subalternes (huissiers, plantons, etc.) et les agents sous-contrats » (32)

Dans le même ordre d’idées, Pambou Tchivounda 33) note qu’en raison du clientélisme népotique, des ministères entiers se confondent avec certaines ethnies. Ce qui corrobore l’affirmation de Mushi Mugumo selon laquelle, au sens large la corruption porte non seulement sur les biens patrimoniaux et financiers, mais encore sur les relations particularistes(tribalisme, népotisme, amitié, etc.) qui se nouent au détriment de l’universalité. (34)

3) Métissage culturel:

La corruption est-elle le produit de la culture traditionnelle africaine ou une pratique importée en Afrique par la colonisation? Comme dans tous les thèmes étudiés par les sciences sociales, il est difficile de réconcilier tous les chercheurs administrativistes à ce sujet.

Pour les uns (cfr. J.Bugnicourt), le mimétisme administratif est un des grands maux qui rongent l’Afrique. Les structures administratives que l’on rencontre, actuellement en Afrique, sont selon lui, le produit d’une simple imitation des institutions occidentales. Comment, se demande-t-il que l’on puisse développer les Etats africains où dominent l’espace et la vie rurale, avec l’administration qui a été conçue en Occident, pour la promotion du tissu industriel? Ainsi, l’absence des agents en milieu rural, les moyens domaniaux luxueux de l’administration, l’adoption des « organigrammes vides » ne peuvent que produire des effets pervers.

Pour Leys en revanche, le manque de la satisfaction de l’intérêt général dans les administrations africaines relèverait de l’incompatibilité entre les structures traditionnelles localiste (clan, lignage, village, Ethnie, etc.) où domine l’intérêt particulier et celle de l’administration liée à l’état moderne, poursuivant l’intérêt collectif.

Ces affirmations doivent être revues et corrigées. D’abord, les deux auteurs occidentaux se contredisent entre eux: pour le premier, l’administration africaine est dysfonctionnelle parce qu’elle se construit sur un mimétisme des structures européennes; refus ou rejet de la dynamique interne. Pour le second, la crise de l’intérêt général qui est aussi une dysfonction s’expliquerait par l’adoption et l’influence des structures traditionnelles: celles-ci seraient guidées que par l’intérêt particulier: familial, clanique, lignager et villageois.

Ensuite comme nous n’avons cessé de le montrer, les institutions administratives africaines sont complexes en raison de la multiplicité des influences qui s ‘exercent sur elles. Si nous prenons l’exemple de la pratique administrative que l’on appelle corruption, on s’aperçoit que l’agent administratif qui en bénéficie utilise à la fois relations d’échange, le recours apparent à la législation pour persuader l’administré et les manoeuvres personnelles de l’agent comme « revenez demain », ou attendez-moi un peu etc. Bref, ce n’est ni le mimétisme ni le manque d’articulation entre les structures anciennes et modernes qui sont à la base du sou développement administratif en Afrique, car les systèmes du continent noir sont complexes, étant des produits du métissage culturel. Ceci explique le bien fondé de l’expression néo — patrimonialisme qui justifie la présence à la fois de la tradition, de la modernité et de l’innovation créatrice des acteurs contemporains africains. Ce sont, au contraire, les modes d’accession au pouvoir politique et administratif qui favorisent un certain nombre de maux importants dont souffre l’Afrique: corruption, violence, etc.

En raison de cette spécificité, la corruption engendre des conséquences multiples et préjudiciables à la société congolaise notamment:

- Une administration publique pléthorique, budgétivore, inefficace et politisée;

- Une insécurité juridique et judiciaire pour les faibles; l’arbitraire éclipse la légalité: bref la société congolaise ignore la protection des droits de l’homme;

- Les agents de l’ordre se transforment en agents de désordre et de l’insécurité non seulement contre la population mais également contre l’Etat :il s’agit de la privatisation de la gestion de la violence;

- Un système économique délabré: prédation industrielle, absence de compétitivité, inflation galopante et chômage très élevé;

- Un développement sans commune mesure des inégalités sociales d’une part entre les riches et les pauvres; d’autre part entre les villes et les campagnes;

- Un système éducatif en deux vitesses avec comme conséquence l’analphabétisation et la déperdition des enfants d’origine populaire. Il faut ajouter la baisse continue du niveau scolaire et universitaire pour la majorité des enfants qui ont encore la chance d’étudier;

- Les soins médicaux deviennent un luxe inaccessible à la majorité des habitants;

- La liberté d’expression et le droit à l’information ne profitent qu’à une très petite minorité de la population;

- Le blocage de l’institutionnalisation du pouvoir politique: absence à la fois de l’Etat légal et de l’Etat de droit;

- Les aînés en général, et les politiciens en particulier ont cessé d’être des modèles;

En guise de conclusion, On peut affirmer que la corruption a atteint des proportions inégalées en RDC. Aucun secteur n’y est épargné. Et cela, c’est parce qu’il y a: crise de modèle politique, absence d’une classe moyenne forte face à l’unicité du patrimoine étatique.

Ces éléments agissent ou sont renforcés par l’origine de légitimité du pouvoir et le métissage culturel. Certes, la corruption n’est pas la seule cause de la pauvreté et de la dépravation des moeurs en RDC, mais on ne saurait jamais accéder au bonheur ou au développement sans l’avoir combattue.


Notes infra - paginales

(1) Politologue belge

(2) Mpinga Kasenda, Mudimbi Mvumbi, Mushi Mugumo, Akele Adau, Omassombo Tshonda, Lohata Tambwe, Mabi Mulumba, Nyabirungu Mwanatana pour ne citer que les professeurs des Universités dont nous connaissons l’oeuvre.

(3) A. Akele, Le Droit Pénal congolais et la lutte contre la corruption, in OAC, Kinshasa, 2002

(4) Nzey K. Z, L’étude de la tenue des rôles de bureau à Kinshasa et rimage que s’en fait le public, Thèse de doctorat de troisième cycle, université René Descartes (Paris V), Faculté des sciences humaines, 1977.

(5) LOHATA, l’application du modèle classique consensuel à l’accord de Sun City cfr. Le communicateur no l3ldu mardi 30 juillet 2002.

(6) B. Badie et P.Birnbaum, La sociologie de l’Etat, Grasset, (Paris)1979

(7) J.F.Bayart, lEtat en Afrique-politique du ventre, (Paris) Fayard

(8) DC Back, Unité nationale et société plurale au Nigeria..., in Afrique contemporaine, no 150 (Paris), P5. 1989

(9) P. Bourdieu, Les questions de la sociologie, Ed. du Minuit (Paris), 1980.

(10) Lohata, inComminucateur, idem.

(11) J.Chevallier, Science administrative, PUF(Paris), 1986.

(12) Déclaration du ministre du plan et de la reconstruction nationale, faite devant les conférenciers de l’observatoire anti-corruption, réunis du 16 au 18 au 20/07/2002au centre Kimbanguiste de Kinshasa.

(13) S.B.kjellstrom in Le Mois en Afrique, Février-Mars 1987, P.47.

(14) Lohata T.O, Idéologie Démocratique au Zaïre, Thèse de doctorat, Université de Picardie, Faculté de Droit, Option Science Politique Tome 2 (France), 1990, P547

(15) Akele Adau: la criminalité militaire au Zaïre, Thèse de doctorat, Faculté de droit et science politique d’ Aix Marseille3, 1983

(16) M. Weber, le savant et le politique, UGLUC, 1959

(17) J.P.Ginet, la genèse de l’Etat moderne in ARSS, mars 1997; voir également Y. Thomas, Histoire de l’administration PUF 1995

(18) J. Chevallier et D. Loshack, Science administrative (Tome 1), L.G.D.J(Paris), 1978

(19) M. Crozier, Phénomène bureaucratique, PUF(Paris), 1963

(20) J.F. Médard, in Revue Pouvoirs n°25, 1983.

(21) J.F. Bayart, lEtat en Afrique, Fayard (Paris), 1989, PP. 282-298 et PP. 9-12.

(22) Op. Cit.

(23) Mpinga Kasenda, Administration Publique Zaïroise, Pedone(Paris), 1974.

(24) E. Mbokolo, La formation de la bourgeoisie Zaïroise, EHSS, Centre d’Etudes Africaines(Paris). 1981.

(25) Voir à ce sujet. Jeune Afrique, no 1134, page 3.

(26) J.C. Wilhame, Epopée d’lnga. Prédation industrielle au Zaïre. L’Harmattan (Paris), 1986.

(27) Mabi Mulumba, Enjeux économiques et corruption, in OAC(Kinshasa), 2002

(28) sur la différence entre les deux formes de patiimonialisme, lire avec intérèt, Max Weber, Economie et Société, Pion (Paris), 1971.

(29) A.S. Misheriakoff, n Revue Française d’Administration Publique, f042, avril-juin, 1985. PP 130-135.

(30) Cité par Lohata T. voir thèse Op. Cit

(31) Ibid.

(32) J. Sauvaire, Problèmes posés par l’aménagement de la fonction publique dans un pays nouvellement indépendant. Exemple du Congo — Kinshasa, Thèse de doctorat, troisième cycle, faculté de droit, Montpellier (France), 1969. cité par Pambou Tchivounda.

(33) Pambou Tchivounda, Essai sur l’Etat africain post — colonial, L.G.D.J (Paris), 1983, P. 198

(34) Mushi Mugumo, Aspects politiques de la corruption au Congo, in OAC, Kinshasa 2002

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

(1) Revue Pouvoirs n°25, numéro ayant porté sur les pouvoirs africains, 1983(publié à Paris).

(2) OAC, Nécessité de lutte contre la corruption en RDC(tire notamment les articles des Professeurs Mushi, Mabi et Akele), Petit boulevard n°2550 / 558 ioT1° rue. Q. Résidentiel Kinshasa Limeté, 2002.

(3) Lohata Tambwe Okitokosa: - idéologies démocratique au Zaïre(2 tomes). Contribution à l’étude des systèmes politiques africains, Thèse de doctorat soutenue à l’université de Picardie(Amiens), Faculté de Droit, option Science Politique, 1990.

- La doctrine administrative africaine: cas du Zaïre et du Rwanda in

BRTS 1992

systèmes administratifs comparés, syllabus du cours assuré en LI

et L2 SPA. ISPL I Université chrétienne Cardinal Malula, 1997 — 1998.

(4) JC Williame, Epopée d’lnga, Prédation Industrielle au Zaïre, Paris,

L’Harmattan 1986.

(5) Akele Adau, La criminalité militaire au Zaïre, thèse d’Etat en droit,

Faculté de Droit et de Science Politique d’Aix Marseille 3, 1983.

(6) Elikia M’bokolo, La formation de la bourgeoisie Zaïroise, EHSS.

Centre d’Etudes Africaines, 1981.

(7) J.F. Médard, - la spécificité des pouvoirs africains in pouvoirs no

25, op. cit.

- les rapports de clientèles in RFSP, 1976

(8) J.Leca et Y. Schemeil : clientélisme et neo — patrimonialisme dans le

monde arabe in International politicaf science review, 1983

(9) R. Dumont, l’Afrique est mal partie, Seuil, 1962

(10)J.F. Bayart, L’Etat en Afrique, Fayard, 1989

(1 1)J.Bugnicourt: Le mimétisme administratif en Afrique, RFSP 1983

- L’Administration rurale en Afrique peut — elle devenir l’instrument d’un véritable développement? RFAP no 11, 1979.

S. Mesheriakoff, L’ordre néo — patrimonial in Revue Française

d’administration Publique no 42, 1987.

M.Weber, Economie et société, Plon(Paris), 1971

M. Grawitz et J. Leca (sous leur direction), Traite de science

Politique, en 4 volumes, P.U.F(Paris), 1985.

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